Culture -

Publié le 16/06/2009 | 11:15

MUSIQUE. Ukulélé, une histoire

Le Festival du ukulélé aura lieu samedi 20 juin à partir de 19h dans la commune de Hitia’a. Retour sur l’origine et l’histoire de cet instrument.

Le ukulélé se répand à partir des années 20, © DR Le Festival du ukulélé est devenu l’un des événements les plus chaleureux et animés en son musical. Il regroupe des artistes polynésiens talentueux et met en valeur l’art de cet instrument. Ce festival est un événement à la fois mythique et original ayant pour but de promouvoir la culture Maohi dans le monde. L’origine de cet instrument vient du Portugal (Iles Madères) via Hawaii en 1879 et connu sous le premier nom de Cavaquinho. Aujourd’hui, le ukulélé est devenu l’instrument indispensable dans toutes les bringues polynésiennes générant par là même un véritable phénomène de société, bon nombre d’artistes ont fait carrière dans la musique grâce au ukulélé.

Etymologie
Si le ukulélé et son nom ne remontent qu’à la fin du XIXe siècle, l’étymologie ce nom reste sujet à caution. Deux hypothèses sérieuses sont à retenir.

La signification la plus couramment acceptée et la plus répandue est la suivante : le mot ukulélé proviendrait de l’agrégation des mots hawaiien « uku » (puce) et « lélé » (sauteuse), terme qui désigne en hawaiien la puce du chat, espèce introduite à Hawaii un peu plus tôt que le ukulélé au XIXe siècle. On trouve des traces de cette étymologie vers la fin du XIXe siècle. Différentes théories tentent de justifier cette étymologie parmi lesquelles les plus crédibles sont les suivantes :

Les Hawaiiens auraient comparés les mouvements rapides des doigts du joueur à des sauts rapides de puce, le mouvement des mains rappellerait le geste d’un animal se grattant. Brudda Bu présente plusieurs explications étymologiques sur le nom de ukulélé. L’un des passagers du bateau, Joao Fernandes, aurait saisi une braguinha et sauté sur la plage en jouant des airs folkloriques. La vitesse des doigts de Joao aurait impressionné les hawaiiens qui les auraient comparés à des puces bondissantes, "ukulélé". La "puce sauteuse" - ukulélé donc- était aussi le surnom d’un certain Edward Purvis de la cour du roi David Kalakaua (à qui le nom de ce site rend hommage), surnom qui serait passé à son instrument de prédilection. D’après John King cette dernière théorie est très douteuse. Voir le site de Brudda Bu pour des origines alternatives (déformation d’ukeke, qui aurait été l’appellation d’un arc musical traditionnel à trois cordes, par exemple).
Selon John King, la plus ancienne apparition connue du nom de ukulele daterait de 1890, orthographié ukelele - orthographe qui pourrait être lié à une étymologie moins mythique que celles ci dessus : uke signifierait frapper (le bois) et lélé sauter ou gratter les cordes. Le mot ’ukulélé lui même remontant à un siècle plus tôt, avec l’importation de puces du chat, il est possible que le nom ’ukulele soit le résultat d’une confusion entre ukelélé et ukulélé. Cela dit la source qui orthographie "ukelele" est non Hawaienne, et l’usage de l’orthographe "ukulélé" est avéré dès 1898 chez les luthiers.

La reine Lydia Liliuokalani inventa une étymologie poétique mais artificielle : pour elle le mot « ’ukulele’ » signifiait « le don qui vient d’ailleurs »

Il existe plusieurs modèles de ukulélé © DR Historique

Première vague
Les origines du ukulélé sont bien identifiées :
Le 23 août 1879 : un navire portugais du nom de "Ravenscrag" débarque à Honolulu. 400 immigrants portugais originaire de l’île de Madère, sont venus travailler dans l’exploitation de la canne à sucre, mais aussi un instrument qui frappe les autochtones : petite guitare portugaise à quatre cordes, semble être d’origine espagnole, appelé le Cavaquinho.

Un petit point de précision sur ce cavaquinho : Il en existe des variations telles que le cavaquinho Minho, du cavaquinho de Lisbonne, ou du cavaquinho qui est pratiqué à Madère et transporté à bord du Ravenscrag. A Madère il était appelé Machete de braga (la ville du portugal) ou braguinha. Le cavaquinho tel qu’il a survécu aujourd’hui est plus de la taille d’un ukulélé ténor, alors que le machete était plus souvent de la taille des ukulélés soprani. L’accordage rentrant spécifique en Sol Do Mi La du ’ukulele était utilisé à Braga et à Madère.

Il se trouvait à bord du bateau trois personnages clefs de la naissance du ukulélé qui connaissaient le travail du bois et la fabrication des instruments :
 John King les cite (dans son article du volume 37 du Hawaiian Journal of History)
 Augusto Dias (1842-1915)
 Manuel Nunes (1843-1922)
 Jose do Espirito Santo (1850-1905).
L’instrument est rapidement adopté et adapté avec un accordage spécifique à l’instar de la guitare hawaïenne.

Aux débuts du XXe siècle : Le ukulélé se répand autour de 1920 nombre de fabricants américains de guitares se mettent eux aussi à le fabriquer : Gibson, Regal, Harmony, puis, suivi dans les années 30 par National/Dobro.

La maison Martin est une de premières à fabriquer les ukulélés et qui d’ailleurs l’établissement de sa population et sa popularité.

Toujours au XXe siècle, Martin développe des tailles plus grandes que l’unique et traditionnel soprano, appelés Ténor et Concert. Comme la guitare hawaiienne, le ukulélé est adopté dans les musiques folks américaines et dans les musiques de cow-boy.
En France, la ville de Mirecourt avec ses luthiers et sa tradition en lutherie sera l’origine de pas mal d’exemplaires de ukulélés qui seront vendus sous diverses marques. De plus, Gelas fabrique une version double table de guitares, mandolines, et donc aussi du ukulélé.

L’histoire du ukulélé se calme un peu et s’installe paisiblement...

Le ukulélé est mondialement connu © DR Seconde vague
Fin de la 2e guerre mondiale et années 50 : une émission de télé consacrée au ukulélé et un modèle en plastique mythique, l’Islander, conçu par Mario Maccaferri, créateur de la guitare Selmer-Maccaferri. L’émission est animée par Arthur Godfrey, qui est également associé à la création de la 4ème et plus grande taille de ukulélé, le baryton.
Les ukulélés en plastiques envahissent les Etats-Unis, Maccaferri en fabrique pour sa propre marque et pour les autres.

Fin des années 1960 : le jalon le plus médiatique et le plus visible de l’histoire, c’est Tiny Tim, qui marque un petit déclin dans la visibilité du ukulélé.

Années 1970 : premier grand creux de l’histoire du ukulélé, même à Hawaii les luthiers ont presque tous fermé les boutiques à part Kamaka.

Troisième vague
Années 90 : des mouvements amorcés dans les années 80 se concrétisent, le ukulélé revient dans le circuit médiatique, avec des groupes Hawaiiens qui font parler d’eux en dehors de "la grande île", aux Etats-unis, tels les Ka’au Crater Boys ou Israël Kamakawiwo’ole. Le regain d’intérêt pour le style et la musique "tiki" entraine aussi avec lui le ukulélé.

Aujourd’hui : Hawaii de nombreux luthiers de ukulélé, également aux Etats-Unis et autour du monde. En France on en trouve aussi de plus en plus nombreux, notamment Dominique Chevalier, qui crée de très beaux modèles dont un était inspiré par la guitare Selmer-Maccaferri, conçue avec François Charles.

A Tahiti, le ukulélé hawaiien est présent sous le nom de la marque la plus connue dans le pacifique.
Le ukulélé hawaiien est souvent appelé un "Kamaka" - mais on y trouve aussi une version spécifique, monoxyle, sous des formes variées, proches de l’original qui tient un peu du banjo dans son fonctionnement acoustique

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