Les élus de l’Assemblée ont rendu un avis défavorable sur le décret d’application de la loi relative à l’indemnisation des victimes des essais nucléaires.
Les 35 votants ont rendu un avis défavorable sur le décret d’application de la loi relative à l’indemnisation des victimes des essais nucléaires. © RFO
A l’unanimité. L’Assemblée polynésienne s’est exprimée vendredi sur le décret d’application de la loi Morin, conformément aux souhaits du président Gaston Tong Sang. Ce dernier faisait ainsi suite à la demande de l’Etat français, qui attendait un avis du gouvernement polynésien sur la question. Les 35 votants ont rendu un avis défavorable sur cette loi relative à l’indemnisation des victimes des essais nucléaires.
« L’Etat entend faire des économies »
Une fois n’est pas coutume, autonomistes, indépendantistes et centristes sont tombés d’accord pour dénoncer l’insuffisance du décret d’application de la loi. Tout d’abord, les zones de contaminations, telles que définies dans le texte de loi, n’ont pas reçu l’aval de l’Assemblée qui voudrait voir l’ensemble de la Polynésie incluse dans cette zone géographique.
D’autre part, la liste des maladies considérées comme étant liées à ces essais nucléaires et donc ouvrant des droits à des indemnisations est incomplète selon eux. Actuellement, seules 18 maladies ont été retenues et listées comme telles.
« Nous avons bien compris que l’Etat entend faire des économies sur le dos des victimes des essais nucléaires », a martelé sur les bancs de l’Assemblée René Temeharo, président du groupe Tahoeraa.
John Taroanui Doom, coordinateur de Mururoa E Tatou, l’association des anciens travailleurs et victimes de Mururoa et Fangataufa, s’est néanmoins réjouit de l’existence de ce débat. « La question essentielle de notre pays aujourd’hui, c’est les relations entre l’Etat français et notre pays. Tant que le problème nucléaire ne sera pas réglé, rien ne sera réglé », a-t-il déclaré à RFO Polynésie.
Une délégation ira à Paris
Les membres de l’UDSP (Union pour le développement, la stabilité et la paix) ont quitté l’Assemblée juste avant le vote après trois heures de débat, refusant de cautionner un avis, aussi défavorable soit-il. L’occasion de relancer le clivage indépendantistes-autonomistes. « Il suffit que les 57 élus de cette assemblée déclarent ce pays indépendant et ce dossier est transmis devant la cour internationale de justice », a déclaré Oscar Temaru à la sortie de l’hémicycle au micro de RFO Polynésie, considérant cette démarche indispensable « si on veut connaitre toute la vérité. Et ce n’est pas la première fois que je dis ça », a-t-il ajouté, tout en dénonçant l’ « attitude colonialiste » de l’Etat.
150.000 civils et militaires ont participé aux 210 essais menés de 1960 à 1996 par la France, dans le Sahara algérien puis en Polynésie française, deux sites dont les populations peuvent prétendre à indemnisation.
Selon un rapport officiel de 2006, dix des 46 essais aériens conduits en Polynésie française ont "donné lieu à des retombées radioactives significatives".
L’avis défavorable rendu par les élus polynésiens n’est que consultatif. Néanmoins, Gaston Tong Sang a assuré qu’une délégation partirait bientôt pour Paris afin de faire connaître le point de vue des élus de l’Assemblée.
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